GROUPES : personne interviewée : M et Mme Benoit.
Au camescope
MEYNADIER Aurélie
ESCALEIRA Louisa
CHRISTEN Solene 

Au magnetophone
PRADEILLES Morgane

A l’interview
BOUTONNET Fanny
MEYNADIER Bérangère
BRUNEL Marie Laure
POUJOL Allison

Témoignage de M et Mme BENOIT café « Le Terminus » à Florac
 

Thèmes abordés :
- le Café et sa clientèle . Les consommations .
- les jours de foire
- les trains à vapeur
- les passagers
- les horaires
- le transport de marchandises
- la fermeture
- les fêtes

 

Supports :
Cassette audio  30 min
Cassette vidéo 30 min
       Mme et M BENOIT, merci de nous recevoir et de bien vouloir répondre à nos questions .
Nous vous avons contactés pour notre recherche sur le C.F.D., parce que comme vous teniez le café situé en face de la gare, vous avez dû observer toute son activité :
     Quel était le nom du café ? En quelle année a-t-il été ouvert ? En quelle année a-t-il été fermé et pendant combien de temps l’avez-vous tenu ? Auriez-vous des photos ?
Le café s’appelait le café Terminus . Je pense qu’il a été créé lors de la construction de la maison  en 1911… Le café de la gare existait déjà ( au P.M.U. actuel )
Il devait exister avant celui-ci, il a donc fallu choisir un autre nom : c’était Le Terminus ! parce que le train n’allait pas plus loin : Florac était le terminus .
Le café a été fermé fin 1994 . Je  l’ai tenu 23 ans et ma mère 20 ans avant moi .
Nous avons des photos ..
Mes parents ont acheté la maison en 1950.

Quelle était votre clientèle ? Aviez-vous des habitués ?
Principalement des habitués : des ouvriers, des gens qui venaient chercher les colis à la gare, des touristes, les employés du C.F.D., cela faisait du va et vient . La route n’existait pas : tous les gens arrivaient par le pont ; il n’y avait pas d’autre route que l’Oultre .
 

Est-ce que les employés du C.F.D. venaient chez vous ?
Bien sûr, quand ils allaient à leur travail et lorsqu’ils en revenaient .
S’adressant à Fanny : ton grand père, on l’a bien connu : il conduisait un tracteur diesel qui remorquait les wagons de marchandises.

Que consommaient vos clients ?
Oui, ils venaient boire un « canon », du café, des grogs l’hiver car les gens arrivaient gelés ( il n’y avait pas de chauffage dans les trains ni dans l’autorail ).

Combien de personnes receviez-vous dans votre café par jour ?
C’est difficile à dire, car c’était souvent les mêmes personnes qui revenaient dans la journée : un café le matin par exemple en passant et qui revenait boire le café l’après midi en allant au travail . Il y avait beaucoup plus de monde les jours de foire .
 

Le café était-il ouvert toute l’année ? Est-ce que vous ouvriez tous les jours de la semaine ? A quelle heure ouvriez-vous et fermiez-vous ?
Au début oui, puis ma mère a fermé un jour par semaine, et nous, quand on a repris on a continué à fermer un jour par semaine . Mais il était ouvert toute l’année : très tôt à 6 heures 30 jusqu’à 20 heures : çà faisait de grosses journées . L’été quand il y avait des concours de boules, on fermait plus tard -à 1 heure du matin -  mais çà , c’était plus récemment .

Quelles étaient les heures d’affluence ?
Plutôt midi ( mais il n’y a jamais eu une grande affluence ici .) Mais c’est à midi que l’on voyait le plus de monde parce que les ouvriers qui avaient fini de travailler venaient boire l’apéritif . Il y avait plutôt un va et vient permanent qu’une grosse affluence .

Faisiez-vous hôtel ?
Ma mère avait loué deux chambres pendant quelques années .Nous, non puisque nous avions trois enfants et nous utilisions toutes les chambres de la maison .

En général, de quoi parlaient les clients ?
Les conversations n’ont pas changées . Les principaux sujets sont le temps, la chasse , la pêche , et la politique en période électorale ; surtout au moment des élections municipales . Cà faisait beaucoup parler les élections municipales, çà concerne son village .

Aviez-vous plus de clients les jours de foire ? Qui étaient-ils ?
C’étaient des gens des campagnes qui venaient aux foires, qui venaient faire des achats . Les gens de la campagne venaient à Florac uniquement ces jours là ( pour faire leurs commissions) Il n’y avait pas de moyens de transport …Quand le train fonctionnait, ils venaient beaucoup par le train, tous les gens des Cévennes . Sinon, moi, j’allais en chercher beaucoup en taxi ( Bédouès, Cocurès,Les Bondons …) pas très loin .
Par le train venaient des gens de plus loin : Le Collet, St Privat parce que le train passait à des endroits où ne passe pas la route . Il y a des villages qui étaient desservis par le train et qui maintenant ne sont plus desservis par la route .
Et puis, il y avait les jours de foire les marchands de bétail, les maquignons . J’ai cherché dans le dictionnaire, j’ai vu : maquignon : marchand de chevaux . Mais on appelait maquignon les marchands de brebis, de bœufs, de cochons . La foire du 6 Décembre était la foire des cochons gras .

Serviez-vous des repas ?
On l’a fait seulement pendant deux ans ( mes parents en 51 et 52 ) Puis on l’a supprimé car les jours de foire, il y avait 40 personnes qui venaient manger et il n’y avait plus de place pour les gens qui voulaient boire . Par manque de place on a arrêté .
 

L : Mme Benoit, avant vous, c’étaient vos parents qui tenaient le café : tous les deux ou seulement votre mère ? Que faisait votre père ?
Ma mère . Puisque mon père avait des cars : il faisait la ligne de cars Meyrueis Florac Mende .Alors il conduisait les cars, il faisait aussi taxi . Mon mari était salarié de mon père avec mon frère et puis d’autres chauffeurs . Et puis on a abandonné parce que ce n’était plus rentable .

Est-ce que le café a fermé en même temps que le C.F.D ? Après la fermeture, y avait-il moins de clients ?
Non puisque le C.F.D. a fermé en 1968 et nous, on a fermé fin 94 : alors, tu vois qu’on est resté après le C.F.D.
Après la fermeture du C.F.D., la clientèle a changé, c’était différent parce qu’après il y a eu la route . Il y avait moins de clients . Le C.F.D. a fermé en 68, les rails ont été arrachés 3 ans après et la route a été faite en 76 . Les travaux de la route ont duré un an : elle a été ouverte en juin 76 . Au début, la  première année çà a été difficile parce que les gens ne connaissaient pas, puis il y a eu moins de circulation . Et puis petit à petit les gens s’arrêtaient, les cars, les camions, les touristes : après çà été une autre clientèle que celle de la gare .

Est-ce que vos parents ont connu les trains à vapeur ?
Oh oui, sûrement, parce que moi, j’avais cinq ans et je me rappelle que de çà : quand mon père est parti comme prisonnier de guerre il a donc pris le train avec d’autres, et je me rappelle l’avoir vu derrière la vitre du train .Et puis, pendant la guerre je n’étais plus là je n’ai pas beaucoup de souvenirs du train pendant la guerre . Mais après dans les années 5O, oui .
 

M. Benoit, vous faisiez  également le taxi . Qui prenait le taxi ? Les voyageurs du C.F.D ?
D’abord je conduisais les cars avec mon beau père, puis quand çà n’a plus été rentable j’ai pris le taxi .
Ce sont les voyageurs du C.F.D. et puis les gens de la campagne qui prenaient le taxi, des vacanciers qui arrivaient par le train ou par le car .

Qui prenait  le train et pour quelles raisons ?
Pour toutes raisons : pour aller à Alès, pour venir ici . Il y avait même des gens qui allaient travailler dans les mines de La Grand Combe .Tout le long de la voie, il y avait des gens qui venaient à Florac, qui allaient dans le Midi, qui partaient en vacances . A Ste Cécile on prenait le train Paris – Nimes .

Vous avez sans doute vu évoluer les passagers au fil des ans, en quoi ?
Je ne sais pas, c’était toujours à peu près pareil .
Le jour de la fermeture, le dernier voyage, c’était plein . !

Quels étaient les jours ou bien les horaires où il y avait le plus de passagers ?
C’était les jours de foire, à des dates précises : en septembre, on venait habiller les enfants, par exemple .

A quelle heure passait le dernier train ?
Vers 20 heures je crois, il faut voir les horaires .

Avez-vous pris le train souvent ?
Souvent non, mais on l’a pris ( c’était l’autorail ) pour aller à la fête .

Est-ce que les trains circulaient le dimanche ?
Certains oui, il faut regarder les horaires à partir du mois de mai je crois .
 

Combien de trains y avaient-ils dans la journée ?
Il passait 4 autorails ( pas des trains ) voyageurs et il y avait des trains de marchandises ( dans les années 50-58 )
 

Combien de temps s’arrêtaient les trains à Florac?
Ils restaient là . Il fallait aller sur les voies de garage .Ce qui est maintenant la coopérative, on l’appelait la «  petite vitesse » on y mettait les marchandises ? On les préparait pour le prochain départ .

Depuis le café, voyait-on passer les trains ?
Eh oui ! De là vous voyez la gare et la petite maisonnette qui est à côté ? C’est la lampisterie où on rangeait les lampes : il fallait des lampes pour signaler le départ du train pour les manœuvres . Et bien là entre la gare et la maisonnette on voyait passer les trains . Et puis on l’entendait parce qu’il donnait un coup de klaxon pour signaler son arrivée au passage à niveau, car il y avait un passage à niveau pour monter à l’hôpital, au pied du chemin qui va à l’hôpital alors il donnait un gros coup de klaxon parce qu’à l’hôpital il y avait des gens âgés qui traversaient la voie . Il fallait traverser la rue ce qui fait qu’il n’allait jamais vite, puisqu’à l’arrivée il ralentissait ( pour l’arrivée ) et au départ, il n’allait pas vite non plus.

Avez-vous vu changer le transport de marchandises ?
Changer oui et diminuer . Parce qu’à une époque il transportait beaucoup de bois au départ de Florac, du minerai de la baryte et puis des bestiaux pour les foires, du charbon, du ciment, tout arrivait par train … Et petit à petit, progressivement, les camions se sont mis à remplacer le train . C’est venu progressivement .

Est-ce que les trains avaient souvent du retard ?
Non ,non , pas tellement . A part quand il y avait des problèmes d’e neige, qu’il patinait en montant à Jalcreste .

Avez-vous entendu dire que les locomotives à vapeur avaient été remises en service pendant la deuxième guerre mondiale par manque de carburant ?
Elles n’ont pas été remises en service car elles étaient toujours en service . La vapeur, çà ne s’était pas arrêté : pendant la guerre il n’y avait plus de carburant . Des lignes de car oui mais il n’y avait pas de voitures particulières . D’abord il n’y avait plus d’hommes pour les conduire et les femmes à l’époque ne conduisaient pas .

Auriez-vous des informations sur le C.F.D pendant la seconde guerre mondiale ?
Pas grand chose, nous on n’était pas très âgés à cette époque là . Mais il était très, très fréquenté à cette époque là . Tout passait par le C.F.D. Il n’y avait pas autre chose pour circuler , alors il était en plein essor .

Avez-vous entendu parler de pannes ou d’accidents au C.F.D ?
Non, il n’y a jamais rien eu de grave . Ce qui arrivait parfois, c’était de petits déraillements, des sorties de rails ; ( l’autorail sortait des rails mais sans dommages : je n’ai jamais parlé de blessés, ni d’accidents graves . Des pannes sûrement de temps en temps, comme pour tout ce qui est matériel .

Sur quoi portaient les conversations lorsque l’on a appris la fermeture du C.F.D ?
On ne parlait que de çà !  On aurait bien voulu le garder, on a essayé de faire quelque chose, mais çà n’a pas marché . Il y a bien eu une manifestation à Florac, mais quand c’est décidé en haut lieu … On nous a dit que ce n’était pas rentable, il n’y avait plus beaucoup de clients, les voitures arrivaient petit à petit, les transports routiers …

Que s’est-il passé à la fermeture ?
Eh bien, nous avons subi . C’est là que le dernier jour tout le monde l’a pris pour en garder le souvenir . On a fait un petit défilé dans Florac . Les employés ont été reclassés, à l’équipement ; il y en a qui sont partis .

Connaissez-vous les raisons de cette fermeture ?
Manque de rentabilité, c’est ce qu’on nous a dit . S’il y avait eu des subventions, cela aurait pu durer un peu plus . Mais il y avait aussi beaucoup de travaux à faire aussi, il fallait pas mal d’argent pour remettre en état . L’entretien de la voie ferrée était minimum, il aurait fallu changer une traverse sur deux, c’est ce qu’on a entendu dire .
Mais c’était le manque de rentabilité : il aurait fallu en faire un chemin de fer touristique . A ce moment – là peut-être avec des subventions .Il y en a qui ont essayé, mais cela n’a pas marché .

Il y avait des fêtes au C.F.D. Comment cela se passait-il ? Qui les organisait ?
Cà se passait ici devant la gare : c’était une grande place, il n’y avait pas la route en ce temps là . Je crois que cela se passait au mois de juillet : donc c’était une place devant la gare . On clôturait . Il y avait le bal en plein air . Il y avait des guirlandes partout . C’était décoré avec du buis . Et lorsqu’il faisait mauvais on dansait dans la « petite vitesse »
C’était les employés et le C.F.D qui les organisaient .

Auriez-vous des histoires, des anecdotes à propos du C.F.D. à nous raconter ? Ou des anecdotes qui se seraient passées dans le café ?
Le C.F.D. avait une voie étroite, l’écartement des rails n’était pas le même que celui de la S.N.C.F. Donc cela a un peu contribué à la fermeture parce qu’arrivé à Sainte Cécile, il fallait tout transborder : les grands poteaux de bois, les minerais . Il fallait les charger dans d’autres wagons de la S.N.C.F., les wagons de C.F.D. ne pouvant pas rouler sur les voies ferrées de la S.N.C.F. puisque l’écartement des rails n’était pas le même .
Dans le café, il n’y a pas eu d’histoires : cela a toujours été calme . Les gens venaient là pour se réchauffer surtout l’hiver .

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