Témoignages d'un ancien conducteur et d'un ancien chef de train issus de la revue du Parc National des Cévennes n° 15, printemps 1979.
« Sur les cinquante kilomètres
du trajet il y avait neuf gares et treize arrêts facultatifs prévus.
Et à côté des trains réguliers,
qui étaient toujours prioritaires- on ne pouvait se croiser que
dans les gares - il y avait les trains de marchandises diverses. Quand
on conduisait ces derniers, on n'était pas pressé: pour les
transports de plomb, on démarrait à quatre heures et on y
passait la journée entière.
Des fois, dans une gare, on empruntait une ligne
et on allait une heure ou deux à la rivière; d'autres fois
on cueillait des pissenlits. Et puis le casse-croûte ici ou là
: le premier dès qu'on avait dépassé La-Salle-Prunet.
Une heure plus tard on était à Jalcreste : là on accrochait
généralement un ou deux wagons de bois et, comme il fallait
laisser passer le train de voyageurs qui arrivait derrière; alors...
on cassait encore une petite croûte. Ce qui ne nous empêchait
pas, à Sainte-Cécile, vers midi , une fois les manoeuvres
faites, de manger “le panier”: c'était cette fois le vrai repas.
Ca n'était pas monotone je vous assure.
Et puis ce paysage merveilleux qui changeait sans cesse. Le tunnel de Jalcreste
c'était un peu la séparation de deux mondes : souvent jusque-là
on était dans le brouillard et, de l'autre côté, c'était
le plein soleil, le midi!
Et maintenant quand on voit tout ça :
ces tunnels, ces ponts, cette voie qui ne sert plus à rien... Tous
les murs de soutènement étaient en pierres sèches
: c'était fait à main d'homme (le grand-père de ma
femme y a travaillé: à la main, au marteau, au burin...ce
qui par parenthèse ne l'empêchait pas le soir de rentrer les
brebis et de les traire!). En cas de pluie ça laissait passer l'eau
(alors que, pour la route, on emploie le béton pour soutenir, si
bien que ça craque ici ou là tous les hivers) ».