Très haut débit et développement durable
Par Pierre Ygrie, vendredi 9 février 2007 à 08:04 :: Général :: #66 :: rss
Le très haut débit est à l’évidence un élément important d’attractivité des territoires tant pour les entreprises que pour les particuliers de plus en plus demandeurs de bande passante pour faciliter les usages actuels et accéder à des usages nouveaux .Or,quels sont aujourd’hui les territoires qui ont le plus besoin d’attractivité ? les grandes agglomérations ou les campagnes ? Dans une logique d’aménagement du territoire et de développement durable, la réponse est claire .Mais encourage-t-on les citadins « en mal de campagne » à venir habiter dans des villages ruraux qu’ils contribueraient par ailleurs à revitaliser ? Les candidats à l’élection présidentielle ,qui ont tous signé, la main sur le cœur, le pacte écologique, ont-ils pour autant annoncé des mesures de développement du très haut débit dans les territoires qui en ont le plus besoin, les territoires ruraux ?
Dans son intervention du 7 février à Saint-Etienne à l'occasion du 1er Forum national du très haut débit, François Loos a présenté en 15 mesures le plan d’action du gouvernement pour le très haut débit et annoncé un objectif de 4 millions d’abonnés via la fibre optique en 2012 .Parmi ces mesures on peut citer la possibilité d’ offres de location des fourreaux existants ,la facilitation de l’accès au génie civil existant ou au câblage aérien électrique ou téléphonique ,la mutualisation du câblage interne des immeubles ,le précablage de logements neufs par extension au câblage optique du câblage TNT par exemple etc.… mais rien sur des mesures de péréquation en faveur de territoires défavorisés !
Le plan gouvernemental accompagnera certes la stratégie des grands opérateurs qui ont d’ailleurs commencé à déployer leur réseau fibre dans les grandes villes mais laissera de coté des pans entiers de territoire .Ce sont pourtant à mon avis les territoires ruraux qui auraient le plus besoin d’aide pour attirer chez eux des citadins qui, tous les jours, font des heures de trajet pour se rendre sur leur « lieu » de travail : une chaise et un micro-ordinateur ! quand prendra –t-on enfin conscience de cette « absurdité » économique, sociale et environnementale ? Quand réalisera-t-on qu’il est temps de « réduire à la source » les déplacements « domicile/travail » ,l’une des principales causes des pollutions et gaspillages divers que l’on dénonce par ailleurs ? Si le plan gouvernemental et la stratégie des opérateurs vont contribuer ,et c’est heureux, à développer le très haut débit en France, ils ne s’inscrivent pas pour autant ,à mon avis, dans une logique d’aménagement harmonieux du territoire et de développement durable
Le très haut débit révolutionnera notre façon de travailler et permettra, entre autres, le développement du travail collaboratif à distance .Les territoires ruraux pourraient profiter de ces opportunités s’ils avaient accès à cette technologie .L’absence de mesures fortes en leur faveur risque de transformer la fracture numérique dont certains sont encore victimes en gouffre numérique .
Ces mesures, nous objectera-t-on, sont de la compétence, décentralisation oblige, des collectivités territoriales ; il est vrai que c’est aux collectivités de base de prendre leur destin en main et d’impulser une « dynamique numérique » ; mais ont-elles les moyens ,pour celles du moins aujourd’hui « hors concurrence », de financer des projets de très haut débit ? Le « carburant » nécessaire pour aider les collectivités les plus volontaristes,ne peut venir que d’un fond de péréquation dont je regrette qu’il ne fasse pas partie des mesures gouvernementales annoncées par le ministre à St Etienne .Et pourtant lors de ce 1er forum national du très haut débit , un vrai succès pour les organisateurs, des idées ont été lancées telles que le prélèvement d’1euro sur chaque abonnement haut débit ,ce qui,sur la base de près de 12 millions d’abonnés , permettrait de « récolter » près de 140 millions d’euros, mesure symbolique certes mais qui en appellerait d’autres .En l’absence de telles mesures les discours ministériels sur l’aménagement du territoire,l’importance de la ruralité et ,aujourd’hui, le développement durable, manqueraient singulièrement de crédibilité
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